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Le plus grand train miniature de Suisse

Publié lundi 14 mai 2018 à 14:05
modifié jeudi 17 mai 2018 à 09:51
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Publié lundi 14 mai 2018 à 14:05 
modifié jeudi 17 mai 2018 à 09:51
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C’est l’histoire d’un rêve d’enfant qui a donné vie au plus grand réseau ferroviaire miniature de Suisse. Un temple du ferromodélisme érigé à Granges-Paccot, près de Fribourg, qui fait le bonheur des petits et des grands depuis une décennie.
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Marc Antiglio est un homme heureux. Alors que beaucoup de compagnies ferroviaires privées tirent la langue, la sienne ne cesse d’attirer de nouveaux «clients».

Plus de 130 000 personnes ont «emprunté» les Chemins de fer du Kaeserberg depuis que l’ancien entrepreneur fribourgeois les a mis sur les rails, en janvier 2009. Un succès qui va forcément aller croissant, tant ce fascinant réseau sillonnant une Suisse idyllique des années 90 transporte ses «passagers» à travers une incroyable féerie. Le voyage, vous l’avez compris, est miniature, mais le décor grandeur nature. Les trains que vous avez l’habitude de voir en vrai se tortillent par-delà des plaines et des montagnes alémaniques, grisonnes en particulier. Tantôt le long d’un lac, tantôt au pied d’un vert pâturage, avant de croiser des villes et des villages grouillant d’activités. C’est cela, le Kaeserberg. Un savant mélange de fiction et de réalité, sorti de l’imagination de son concepteur, patron d’une entreprise de construction à la retraite.

julie de tribolet
«Les personnages tels que nous les imaginions n’existaient pas. Il a fallu tous les fabriquer, du premier au six mille cinq centième, puis en incorporer la bonne moitié à l’intérieur des trains», détaille Marc Antiglio, le papa du chef-d’œuvre.

julie de tribolet
 

Un rêve à l’échelle 1:87 comme l’exige le format international – comprenez 87 fois plus petit que la réalité – dont la concrétisation a demandé dix-sept ans de travail à une dizaine d’ouvriers spécialisés. Maquettistes, menuisiers, mécaniciens de précision et autres électriciens se sont succédé pour mener à bien ce projet titanesque. Le résultat est bluffant. Cent quarante trains d’ici et d’ailleurs circulent de jour comme de nuit, sans le moindre accroc. Ou à peine. «Une panne de vingt et une minutes et quelques déraillements dus à l’usure des voies en neuf ans», s’enorgueillit Richard Bossel, employé de la première heure et responsable du matériel roulant. «Rien n’a bougé. C’est la récompense du travail consciencieux et méticuleux consenti lors de la construction», renchérit son boss, dans un discret élan de fierté.

julie de tribolet
Chaque recoin de balcon est soigneusement épousseté.

De Freud à la course automobile

«Le bonheur est un rêve d’enfant réalisé dans l’âge adulte», disait Sigmund Freud. S’il y a un homme qui incarne la pensée de l’inventeur autrichien de la psychanalyse, c’est bien Marc Antiglio. L’ingénieur civil de La Roche, bientôt octogénaire, avait 5 ans en 1945, lorsqu’il tomba amoureux du rail. Une passion précoce et à ce point irrépressible qu’elle poussa le bambin à fuguer. Profitant d’une inattention de ses parents, le petit Marc se glissa en effet dans un tram à destination de la gare de Fribourg où il passa deux heures, assis sur un banc, à admirer les trains et les locomotives. Comme quoi, la fillette de 7 ans qui a échappé à la vigilance de ses géniteurs puis à celle de la sécurité de Cointrin avant de se retrouver dans un avion, en novembre dernier, n’était pas une pionnière… Si la gamine se voyait peut-être commandant de bord ou hôtesse de l’air, Marc Antiglio, lui, ne s’est jamais imaginé en conducteur de locomotive. Très tôt propulsé à la tête de l’entreprise familiale, il mit même son amour des petits trains en veilleuse à l’adolescence. A cause des études puis du boulot mais pas que, convient ce gentleman à l’allure très British. A l’époque, une autre passion le dévore: la course automobile. Le modélisme, il y reviendra finalement au lendemain de son titre de champion suisse des voitures de grand tourisme, en 1970. «J’avais eu ce que je voulais, je pouvais passer à autre chose.»

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Il a fallu pas moins de 75 000 clous pour fixer les 2045 mètres de voies. «Et tout a été fait à la lunette», précise Marc Antiglio.  Un patrimoine mis en musique par Cyrille Schmutz, responsable technique du «monstre».

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Bâti sur trois niveaux, le réseau rassemble 300 locomotives et automotrices, 1650 voitures et wagons, 9 gares visibles et 7 non visibles, 5400 arbres et 910 mâts de caténaire.

Autre chose, c’est la maquette qu’il avait laissée en plan dans les combles de sa villa. Avec Willy Kaeser, ami dans la vie et copilote dans la voiture de course, également touché par le virus, Marc Antiglio époussette alors l’embryon de réseau et reprend sa construction. «Cela s’est très vite su dans le quartier. Du coup, de plus en plus de curieux venaient sonner à la porte», raconte notre ferroviphile. Ni une ni deux, pour échapper au désagrément, il décide de construire et de consacrer un bâtiment tout entier à son œuvre. Celui-là même qui abrite toujours le Kaeserbergbahn, ainsi nommé en souvenir de son ami trop tôt disparu. Un monument d’ingéniosité, de patience et de créativité bâti sur la base de 10 000 photos qu’il a lui même tirées.

Au final, son empire du minirail, construit sur trois niveaux, s’étale sur plus de 600 m2. Si la maquette n’est pas l’exacte photographie de lieux existants, elle colle toutefois au plus près de la réalité helvétique. Rien n’a été laissé au hasard. Les publicités, les sigles, le chapiteau du cirque Knie, les voitures, la mode vestimentaire, tout a été fidèlement reproduit. Des convois ont même été délibérément salis par des artistes pour respecter les images prises dans les gares. «Aujourd’hui encore, si un visiteur nous signale une incohérence dans la mise en scène, la couleur d’un des 5400 arbres ou la position d’un des 6500 personnages par exemple, nous remédions immédiatement à la situation», confie Nicolas Zapf, l’heureux directeur d’un musée qui occupe six personnes à plein temps.

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Alors qu’une rame des Chemins de fers rhétiques passe devant lui, le concepteur du projet suit attentivement le trafic alentour des CFF et des imaginaires Chemins de fer du Kaeserberg.  

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Pas de repos pour lui, bien que ses deux filles, Laurence et Dominique, lui aient suggéré d’en prendre le jour de l’inauguration du réseau, en lui offrant une figurine de lui-même, en jaune «of course», sa couleur préférée, se prélassant sur un banc…

Grâce à Hans Wägli, porte-parole des CFF à la retraite, lui aussi dévoué à la cause bien qu’il confesse, un brin confus, n’avoir jamais possédé de train électrique, le musée est équipé d’un simulateur où le visiteur peut s’initier à la conduite d’un convoi en situation réelle. Aux commandes d’une Ae 6/6, le mécanicien en herbe a le choix entre un Lausanne-Berne ou un Spiez-Brigue. Avant de refermer la porte de ce parc des rêves, le visiteur peut encore se plonger dans une maquette didactique qui le renseignera sur la manière dont a été construit ce réseau ferré miniature, l’un des plus denses d’Europe. Au fait, quel est le prix de ce petit bijou, qui réjouit petits et grands? «Quand on aime, on ne compte pas. Mon retour sur investissement, c’est de voir des gens heureux déambuler dans nos locaux», botte en touche Marc Antiglio, président de la fondation au sein de laquelle siègent son épouse et ses deux filles. Mission de ce comité de gestion: assurer la pérennité du musée. «Mon troisième enfant», comme aime le dire son créateur…

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Cyrille Schmutz (photo) et Nicolas Folly tiennent les commandes de l’un des réseaux miniatures parmi les plus denses d’Europe (le plus grand du monde, le Wunderland de Hambourg, s’étend sur 6400 m2 par-delà 13 km de voies ferrées). 

Infos pratiques

  • Le musée est ouvert 100 jours par année. Le site www.kaeserberg.ch vous renseignera sur les jours exacts d’ouverture (de 9 h 30 à 17 h).
  • Durée de la visite: environ 1 h 30. Possibilité de visites privées ou d’entreprises. Salle pour séminaire, restauration.
  • Prix de la visite: adultes 18 fr., enfants (de 7 à 16 ans) 10 fr.

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