Aller au contenu principal
Publicité
© Thomas Buchwalder

Manuel Akanji, la force tranquille de la Nati

Publié mardi 26 juin 2018 à 12:08
.
Publié mardi 26 juin 2018 à 12:08 
.
Du haut de ses 187 cm et de ses 22 ans, le successeur de Johan 
Djourou épate et impressionne le monde depuis le début du tournoi. Sorti de nulle part, le défenseur du Borussia Dortmund est l’étoile 
montante du football helvétique. Portrait.
Publicité

On aurait aimé parler de Granit Xhaka et de Xherdan Shaqiri, vous raconter une fois encore comment ces deux gamins issus de l’immigration sont devenus des stars mondiales et des héros de la nation. Comment, de coups de patte en coups de génie, ils ont propulsé la Nati dans le cercle restreint des équipes qui comptent sur la planète foot. Seulement voilà, leurs jeux de mains, qu’une partie de l’opinion qualifie de vilains et l’autre d’anodins, occultent totalement ceux de leurs pieds magiques depuis vendredi soir. Histoire de ne pas rajouter la couche qui vous aurait tiré un «ah non, pas encore cette affaire d’aigle à deux têtes», on vous entretiendra d’un autre phénomène. Un volte-face d’autant plus aisé que ce groupe multiculturel, dont la diversité fait la richesse et le succès, regorge de belles histoires.

TOTO MARTI
A la fin du match Suisse-Serbie, Manuel Akanji se précipite dans les bras de son père, Abi. 

Car oui, aux côtés de nos sept sélectionnés «balkaniques», huit autres «rouges à croix blanche» possèdent la double, voire la triple nationalité, à l’exemple de Ricardo Rodriguez, né à Zurich d’une mère chilienne et d’un père espagnol. On pourrait ainsi conter la belle trajectoire des trois «Camerounais» de cette historique volée, Yvon Landry Mvogo, gardien remplaçant, Jacques François Moubandje et Breel Embolo. Vous rappeler les hauts faits d’armes de l’«Ivoirien» Johan Djourou, refaire avec Denis Zakaria le chemin qui l’a mené du Sud-Soudan à Genève puis à Mönchengladbach, ou encore dresser le bilan de ses trois Coupes du monde avec le «Cap-Verdien» Gelson Fernandes. Mais, à tout seigneur tout honneur, après ses deux époustouflantes prestations face au Brésil et à la Serbie, l’heure du «Nigérian» Manuel Akanji a sonné.

LAURENT GILLIERON
Sa petite amie Melanie (2e depuis la g.) avec les compagnes d’Elvedi, de Seferovic et Nicole, la copine de Rodriguez.

«Junior, j’étais moyen»

C’est assurément le moins connu de la bande. Et pour cause, le grand copain de Breel Embolo n’a pas suivi le cursus habituel. «Un joueur comme Toni Kroos, par exemple, était promis à une grande carrière à 13 ans déjà. Mais lui, je le vois émerger et bluffer tout le monde alors que je ne connais même pas son histoire», avoue Lucio Bizzini, Servettien qui a accumulé 41 sélections au même poste que le nouveau prodige entre 1975 et 1984. En fait, son parcours est facile à résumer.

Fils d’un expert financier nigérian et d’une Winterthouroise passionnée de tennis, le petit Manuel fait ses débuts de footballeur au FC Wiesendangen, à un jet de pierre de Winterthour, club qu’il rejoindra à l’âge de 12 ans, en 2007, et au sein duquel il gravira les échelons mais sans jamais attirer l’attention. Lui-même ne se voyait pas faire carrière, d’ailleurs. «Junior, j’étais moyen. Je jouais pour le plaisir et je n’avais aucun plan. Puis, à 17 ans, j’ai eu une poussée de croissance qui a boosté mes performances. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de mon potentiel», révèle-t-il au Blick. Un bond en avant qui lui permet de signer son premier contrat professionnel avec son club, en avril 2014, au terme d’un apprentissage d’employé de commerce.

dr
En vacances avec Melanie, «la femme de [sa] vie», avec qui le footballeur vit à Bâle. 

De 800 000 francs à 25 millions

Dès lors, le film de sa vie va s’accélérer. Une saison probante à la Schützenwiese lui ouvre les portes de la sélection U20 puis, à l’été 2015, le FC Bâle le recrute pour 800 000 francs. Une bonne affaire, puisque le club rhénan le cédera au Borussia Dortmund pour près de 25 millions en janvier de cette année. Ses deux ans et demi passés à Saint-Jacques n’ont pourtant pas été tout roses pour le roc de la défense helvétique. Rapidement titularisé par Urs Fischer, il est stoppé net dans sa progression par une déchirure musculaire puis, bien plus grave, par une rupture du ligament croisé d’un genou en mars 2016, blessure qui l’écartera des terrains durant neuf mois. Une épreuve qu’il immortalisera en se faisant tatouer cette phrase sur un avant-bras: «Prove them wrong», «prouve-leur qu’ils ont tort». «A ce moment-là, rien ne garantissait que je guérirais complètement et que je pourrais réintégrer l’équipe», raconte-t-il au site Credit-suisse.com.

Non seulement l’international devenu U21 avant son accident se remettra, mais il reviendra encore plus fort, ce qui lui vaudra sa première sélection en équipe A, le 9 juin 2017, contre les îles Féroé. «C’est souvent comme ça: souvenez-vous de Didier Cuche, qui a explosé après sa grave blessure, en 2005», rappelle Bizzini, docteur en psychologie et promoteur de la méditation en pleine conscience, fasciné par la fulgurante ascension de son jeune successeur. «A l’heure actuelle, il est certainement l’un des défenseurs centraux qui a le profil le plus complet dans cette Coupe du monde. Intraitable dans les duels, impressionnant dans les airs, excellent relanceur, serein balle au pied, doté d’un sens de l’anticipation aiguisé, il domine constamment la situation. Grâce à son calme et à sa confiance, il semble rassurer et rendre la vie plus simple à ses co­équipiers.»

dr
Sexy, Manuel à la plage

De son côté, l’intéressé, dont la puissance et l’efficacité n’ont d’égales que sa discrétion, son humilité et sa timidité, se contente de savourer en silence. Sa dernière apparition médiatique remonte à septembre dernier, à l’occasion du match de Ligue des champions qui a opposé Bâle à Manchester City. «Je ne veux pas paraître arrogant, mais je suis confiant dans mes capacités», déclarait-il ce jour-là, presque en s’excusant. «Il sera intéressant de l’observer contre le Costa Rica, une équipe moins prestigieuse que les deux autres», note Yvan Quentin, entré à la Nati en 1992 au poste de latéral au même âge que le futur joueur de Lucien Favre, à Dortmund. «Compter 50 matchs de Bundesliga à 22 ans dit presque tout de ses capacités», relève l’ancien Sédunois, lui aussi sous le charme, mais qui demande encore à voir. «C’est sur la durée qu’un joueur prouve sa valeur. Akanji possède les qualités d’un futur grand, qu’il deviendra s’il gère au mieux tout ce qui lui arrive.»

MANUEL AKANJI EN 5 DATES

1995 : Naissance à Wiesendangen, (ZH).

2014 : Débuts professionnels avec le FC Winterthour.

2015 : Transfert au FC Bâle pour 800 000 francs.

2017 : Le 9 juin, premier match avec la Nati, contre les îles Féroé.

2018 : Transfert au Borussia Dortmund pour 25 millions de francs.

Newsletter L'Illustré Recevoir la newsletter L'Illustré